vendredi 29 août 2008

Le plaisir de savoir...

Je prends un énorme plaisir à reconnaître des chansons, des albums, des artistes. Mais aussi des samples, des reprises et autres remix. On pourrait voir ça comme une forme d'arrogance, de fierté et de nombrilisme, c'est sans doute en partie le cas, mais c'est aussi cela qui me donne envie d'aller plus loin dans la musique.


Un premier exemple qui m'est arrivé pas plus tard qu'il y a quelques jours. J'écoutais tranquillement le merveilleux album "Never Never Land" de Unkle quant, on arrivant à la plage 7 "Panic Attack", je me rends compte que le beat sourd, métallique et inflexible qui ponctue le morceau est samplé d'une chanson que j'adore. Un peu accéléré, un peu déformé, mais c'est clairement le même beat, et si ça ne l'est pas, c'est du plagiat. La chanson "She's Lost Control" de Joy Division est clairement là derrière. C'est peut être stupide, mais j'étais content d'avoir découvert cela, et encore plus content d'essayer de deviner pourquoi cette référence : simple plagiat ou hommage à un groupe mythique...


Un autre exemple qui m'est revenu concerne la chanson des Pixies "Where is my mind". Le nombre de reprise de ce titre ne se compte plus : de Placebo à Nada Surf en passant par mon dernier petit chouchou Yoav, ce n'est pas le nombre de candidat qui manquent. Pourtant, l'influence de ce morceau ne s'arrête pas aux reprises et samples éventuels dont il est l'inspiration mais résonne également à travers de simples hommages. Impossible en effet de considérer 20 Dollar de M.I.A. comme une reprise cette chanson mythique. Difficile également de deviner un sample quelconque. Et finalement, les seuls indicent qui peuvent rappeler directement la chanson des Pixies, ce sont les derniers mots du refrain de la chanson, référence directe à celui des Pixies. En écoutant de plus près, on reconnaitra sans doute des similitudes harmoniques et rythmiques entre la célèbre guitare du morceau original et les sons électroniques de M.I.A. Et puis, si on a pris la peine d'acheter l'album et de lire la jaquette, on aura vu Charles Thomson (alias Frank Black, leader de Pixies) crédité pour cette chanson. Mais tout cela, peu de personne le voit et passeront alors souvent à côté de nuance dans le titre.

Bref, voilà, tout cela pour ne rien dire, juste peut-être pour inciter les gens à être plus attentifs à ce qu'ils écoutent... C'est comme cela qu'on découvre des petites merveilles ! Bonne écoute...

jeudi 21 août 2008

[Review]Yoav "Charmed and Strange"

Ca fait déjà un petit temps que je vous fais chier avec cette musique, mais c'est parce que j'ai vraiment eu un coup de coeur pour le premier album de Yoav. C'est peut être l'âge ou le soleil, mais en tout cas, cette petite musique sans énormes ambitions m'émeut assez bien en plus d'être très agréable.

Je ne sais pas ce que les critiques musicales avaient fumé en écoutant cet album, j'ai lu des références à Nine Inch Nail, Beck, Radiohead et Justin Timberlake au sujet de ce disque. Il faut pas rigoler, cela n'a absolument rien à voir avec toutes ces musiques. C'est sans doute vendeur de se parer de telles références, mais, honnêtement, je ne crois pas que ce jeune américain de Cape Town fait de la musique se rapprochant d'une de ces références.

Fort heureusement d'ailleurs, car c'est ce qui fait sa fraîcheur. Finalement, il n'est à priori qu'un nouveau numéro dans la ronde des chanteurs folk/rock crépusculaires si à la mode actuellement. Ou alors pire, une énième copie d'un Ben Harper épuré. Et pourtant, il se dégage de sa musique quelque chose de neuf, des émotions simples mises en avant par une musique simple en terme de structure, mais sauvée par des sons légèrement différents. C'est cette légère différence qui lui permet de se détacher des grands maîtres du genre tout en restant suffisamment proche des références pour être facilement bien interprété par tous. Bref, un album en équilibre, pas trop conventionnel ni trop novateur.

Quand à la réalisation, on appréciera le travail sur les instruments, peut être un peu moins la voix que l'on ressent encore un pau faible, et on houspillera la personne qui a produit et mixé l'album tant la plupart des baisses de rythmes ressenties dans certains titres très fort potentiellement (je pense à "Beautiful Lie") sont du à des erreurs de production. Il est d'ailleurs étonnant d'écouter les version retravaillées sorties sur un EP et de constater que celles-ci sont de loin supérieures à l'originale. Reste néanmoins de très grosses réussite dont le single "Club Thing", imparable ; la chanson d'ouverture "Adore Adore", le très doux et très triste "One By One" ou encore le très acoustique "Angel And The Animals".

Bref, tout cela est écoutable sur Deezer mais vaut apparemment le coup en live. Le jeune homme, qui n'est pas le plus désagréable à regarder d'ailleurs, joue alors à l'homme-orchestre pour reconstruire sa musique en enregistrant ses boucles de guitares et ses percussions en live avant de la combiner. Une méthode de concert qui doit renforcer le caractère mélopédique et envoutant de sa musique. Bonne écoute !

mardi 19 août 2008

Pourquoi j'évite le téléchargement légal...

Je vous ai parlé hier de mon aversion pour le téléchargement illégal, et plus particulièrement des bonnes raisons pour lesquelles on ne devrait pas aimer le téléchargement illégal, mais qui ne sont pas mes raisons. La vérité est bien pire, car les raisons pour lesquelles je refuse le téléchargement illégal s'étendent partiellement au téléchargement légal.

Bien sur, celui-ci a de grands avantages par rapport au piratage : les fichiers de qualités sont plus facilement accessibles, et il est possible de trouver des MP3 encodés dans une qualité tout à fait acceptable, même pour des DJ qui veulent passer leurs morceaux un peu fort sur des grosses sonos. De plus, le catalogue de titres disponibles, contrairement à ce qu'on dit, est nettement plus étendu que celui disponible illégalement, dès que l'on cherche quelque chose d'un peu particulier et qu'on a pas 2 semaines pour le télécharger.

Le légal a néanmoins des désavantages qui lui sont propres, et qui ne sont pas minimes. Le premier, et sans doute le plus visible, est le prix. Incomparable avec celui de l'illégal, il est de manière générale extrêmement élevé. Bien sur, l'achat par titre à 1 euro peut paraître intéressant financièrement. Reste que 10 euros pour un album sans aucun support physique est démesuré, d'autant plus que ce prix revient proportionnellement encore moins aux artistes...

Si on rajoute à cela que les plus gros sites de téléchargement légal ont une politique de protection des fichiers à l'aide de DRM relativement restrictive, on se retrouve avec des fichiers payé très chers et dont on n'a finalement pas les droits d'administration complets, qui ne nous "appartiennent" même pas. On se demande alors vraiment en quoi le téléchargement légal est intéressant, si ce n'est pour avoir accès de chez soi à un catalogue souvent beaucoup plus étendu que dans les chaînes de vendeurs de disques et même que chez les derniers disquaires indépendants .

Mais finalement, ce ne sont même pas toutes ces raisons pratiques, éthiques, techniques qui m'éloignent du téléchargement qu'il soit illégal ou légal. Les seuls véritable raisons sont d'ordre artistique.

Si pour le DJ, le format de référence serait le maxi ou à la limite l'EP, pour le passionné de musique, le format de référence serait sans doute l'album. Ce format est pourtant décrié par de nombreuses personnes : il s'agirait d'un format commercial, qui pousserait les artistes à produire beaucoup de chansons moyenne et quelques singles porteurs pour tirer l'album. Si cela est sans doute vrai pour les plus grosses machines commerciales, le format album apporte selon moi une véritable ampleur et ambition à un artiste. Réussir un bon album, cohérent sans être répétitif est malgré tout un défi formidable pour les artistes qui recherchent autre chose qu'un succès de court terme.

J'apprécie donc particulièrement ce format, non seulement pour l'ampleur musicale qu'il peut offrir, mais également pour toute l'iconographie et les symboles qu'il porte. J'aime non seulement le format album, mais également l'objet album CD comme certains aiment le vynile. Si j'apprécie réellement un album, je ne serai jamais satisfait avec simplement les fichiers sur mon ordinateurs. Je préférerais au minimum avoir une copie CD mais je ne serais réellement satisfait qu'avec le véritable album et sa pochette. Il n'y a que ce cette façon que j'ai l'impression de posséder une copie complète de l'oeuvre.

Bref, même si je pourrai me contenter de fichiers téléchargés et gravés pour des albums mineurs, il me faudra l'album et sa pochette complète pour apprécier les grandes oeuvres. Voilà la véritable raison pour laquelle je ne télécharge que rarement, et encore plus rarement illégalement. Peut-être s'agit-il de coquetterie et certains vont sans doute me rétorquer que tout le monde n'a pas les moyens de cette coquetterie. A ceux-là, je suggère d'utiliser les services de prêts médias, qui leur offrira l'album complet, dans une qualité CD, avec tout l'artwork, pour un prix démocratique. Finalement, il s'agit pour moi d'aborder la musique non pas comme un produit à consommer, comme un fichier MP3 qu'on accumule et perd sur un disque dur au milieu de milliers d'autres, mais comme un objet unique à conserver. En rendant à la musique sa valeur en modifiant notre manière de la consommer, nous pourrons peut-être modifier la manière dont elle est produite et éviter ainsi les dérives industrielles auxquelles nous assistons actuellement...

lundi 18 août 2008

Pourquoi je ne télécharge pas illégalement...

Bon, le téléchargement illégal, on en a beaucoup parlé en francophonie, particulièrement en France, avec les nouvelles dispositions répressives envisagées et adoptées par l'Assemblée (voir mon billet sur la loi Hadopi). Par contre, en Belgique, finalement, le débat est loin d'éclore aussi âprement sur la place publique (il est vrai qu'on a d'autres chats à fouetter pour le moment).

Reste alors des positions personnelles, des explications de tous les camps, des attaques contre les majors qui, en plus de participer au formatage global de la musique, pratique des prix beaucoup trop élevé qui ne profitent même pas aux artistes, des attaques contre les outils de piratage qui causent, en diminuant les recettes des artistes, un affaiblissement de la création originale.

Sauf que tout ça, je m'en fous (ou presque). Et en tout cas, ce ne sont pas les raisons principales de mon abandon total du téléchargement illégal de musique.

On pourrait avancer des raisons techniques et technologiques pour justifier ce refus de téléchargement illégal. Si il est vrai que le coût par titre pour la personne qui télécharge est nettement moindre qu'à l'achat (il n'est pas nul, contrairement à ce qu'on pourrait croire), le produit ainsi obtenu est d'une qualité inférieure. Entre les fichiers au contenu simplement différent de ce qu'il annonce, les fichiers illisibles ou corrompus, quand il ne s'agit pas de virus, les fichiers modifiés où le morceau est entrecoupé de bruits bizarres le rendant inutilisable ; ou simplement la qualité déplorable de l'encodage pour la plupart des fichiers illégaux sur la toile; Bref, il y a plein de raisons techniques qui pousseraient une personne un peu pressée recherchant un minimum de qualité sonore pour abandonner le téléchargement illégal.

Sauf que tout ça, je m'en fous aussi (enfin, il ne s'agit pas de mes préoccupations principales). Il est relativement facile avec un peu de patience de trouver des fichiers de qualité acceptable, dans format MP3, certes compressé, mais dont les déformations resteraient inaudibles sur l'installation sonore d'étudiant qui me sert à restituer ma musique.

Non, j'ai d'autres raisons bien plus simples et primordiales pour éviter le téléchargement illégal, et ces raisons, je vous les livrerai dans mon prochain billet, car avant d'en parler, il va falloir aborder le téléchargement légal que j'évite aussi, avec moins de soin néanmoins que les torrents et aux emule.

dimanche 10 août 2008

On ne prête pas assez d'attention aux labels...

Figurez-vous que j'écoute beaucoup le dernier Portishead. J'étais au départ un peu dubitatif, et en fait, sans m'en rendre vraiment compte, j'essayais de ne pas l'aimer, parce qu'un come back au bout de 10 ans, ça devait forcément être mauvais. Et en fait, ça ne l'était pas, surtout leur premier simple "Machine Gun" que j'apprécie particulièrement :




Mais ce n'est pas de cela que je veux vous parler, pas du tout. Je voulais vous parler de Yoav. Si vous êtes belge et que vous écoutez PureFM, vous avez sans doute déjà du entendre le single de ce jeune homme "Club Thing". Et bien, depuis quelques heures, je me repasse en boucle son album, et même son EP de remix, c'est vous dire. Alors, je me renseigne, je tente de l'acheter via iTunes avant de me rendre compte que j'allais devoir m'embarasser du délicieux système FairPlay qui n'est pas Fair du tout puisqu'il m'aurait empêché de graver le CD ainsi acheté. Donc, je me rabats vers le site social de la médiathèque, lesmédiavores.be. Et là, que vois-je, en plus du fait que le CD n'est pas disponible dans le comptoir de prêt que je fréquente et que ça m'ennuie bien ? Et bien, je vois que le label sur lequel l'album de Yoav est hébergé est Island Records, c'est à dire le label qui accueille également Portishead...

Alors, je confirme ça par quelques recherches complémentaires sur Discogs et sur MySpace. Et voilà, tout fier de cette découverte, je viens écrire ce post. Bon alors, je sais qu'Island Records est depuis longtemps tombé dans l'escarcelle de Universal et qu'on peut douter de la grande sélectivité musicale dont doit faire preuve ce label (qui accueille aussi les Sugababes, hein !), mais bon, quand même, tout est lié. Et je suis sur que si les gens prêtaient plus d'attention aux labels des artistes qu'ils écoutent (si ils écoutent autre choseque de l'Universal et de l'EMI), ils feraient des découvertes musicales fort intéressantes...

samedi 9 août 2008

Technotronic est presque de retour

Allez, on va faire un peu de chauvinisme, mais vous saviez que Technotronic est un producteur belge ! Ahahaha, ça vous en bouche un coin, hein ? Non ? Vous savez pas ce que c'est que Technotronic ! Mais si, vous connaissez forcément le hit Pump Up The Jam et son clip tout à fait démentiel.





Et bien, ils sont presque de retour avec les Simian Disco Mobile. Mais oui, vous savez, ce groupe français qui s'est fait voler la vedette sur le fameux titre Never Be Alone par le duo Justice (bon, là, je n'illustre pas, vous trouverez par vous même). Après, tout vénères, ils se séparent et se reforment avec le suffixe que vous connaissez maintenant pour sortir un album quasiment en même temps que Justice qui passe, encore, à l'arrière plan pendant que la critique hexagonale s'extasie sur le fac-similé daft-punkien du duo à la croix.

Alors que nos amis Simian Disco Mobile, sur "Attack, Decay, Sustain, Release !" s'en sortent plutôt pas mal, si pas mieux (bon, vous l'aurez compris, j'aime pas trop Justice). Et propose ce formidable titre totalement 90's kitch qui s'appelle It's The Beat. Allez, ne dites pas que vous ne voyez pas une ressemblance sonore.

Et c'est donc comme ça que les belges ont contribué à la nouvelle french touch...

jeudi 7 août 2008

Je cesse d'expliquer, je ressens...

Essayer d'offrir à ce blog une autre approche, c'est essayer pour moi de retrouver une approche neuve de la musique... Il va me falloir désapprendre des années de critiques quelques fois âpres à l'encontre de musique trop facile pour juste laisser la musique vivre.

Vous ne trouverez donc plus ici des posts structurés comme les précédents ont pu l'être. Je n'aurai plus de point de vue à défendre, plus d'arguments percutants à fournir, j'ai pour simple intention de vous faire partager ma vie musicale en quelques phrases.

Que cela soit clair, cela ne m'empêchera pas de vous parler d'une découverte, d'un classique ou d'un album particulier, mais j'essayerai d'en parler de manière moins détachée et plus personnelle, de vous donner les raisons pour lesquelles cette musique me touche, pour lesquelles je l'écoute et pour lesquelles je l'aime plus que pour lesquelles elle est "bien".

Cela ne sera pas facile pour moi, et j'espère donc que vous serez compréhensif par rapports aux errements du début, les égarements stylistiques qui ne manqueront pas de parsemer mes posts. Et j'espère surtout que cette nouvelle approche vous incitera à écouter et découvrir.

Comment j'en suis venu à cela ? En écoutant avec quelques amis le morceau "Declare Independance" de Bjork. Je me suis rendu compte que tous les arguments que je donnais à un ami qui trouvait le morceau nul alors que je l'adore le laissaient indifférent. J'ai alors remis en questions ces arguments pour me rendre compte en fait que cette chanson n'est effectivement pas un excellent titre, techniquement parlant. Et qu'il était tout à fait logique que cet ami n'apprécie pas du tout ce brulôt pseudo-punk à la voix dissonante. Cela ne m'empêche pas de néanmoins apprécier énormément le titre.

Sans doute que l'explosion sonore et l'aggressivité énorme du titre me renvoie à l'aggressivité qui est en moi et que je contrôle tout le temps. A travers l'écoute de ce morceau, c'est moi qui crie et qui lache la bride à mes pulsions. Peut-être que ce morceau ne peut parler qu'à des gens qui ressentent ces pulsions, à des gens qui refusent d'être aggressifs, et qui ne peuvent l'être qu'au travers du prisme de la musique qu'ils écoutent, et qu'ils font écouter. Et si je n'écoutais ce titre que pour le faire entendre aux autres, et pour leur dire que même si je ne le montre pas, je suis moi aussi prêt à exploser et à tout faire péter.

Ce sont ces réflexions qui m'ont poussées à changer la manière d'aborder mon blog : plutot que de vous livrer des réflexions froides et soi-disant objectives, je vous propose de vous livrer mes impressions dans toutes leur subjectivité, pour que vous puissiez vous contruire les vôtres en toute subjectivité également. Profitez-en !

mercredi 6 août 2008

[Review-Bio]Pourquoi Radiohead ne peut plus plaire à tout le monde en live

Le concert de Radiohead samedi 5 juillet a déçu beaucoup de fan et autant de personnes qui ne connaissaient pas bien le groupe. Et pourtant, les critiques que l'on peut lire ça et là sur le net sont excellentes, et honnêtement, ce n'est pas moi qui les contredirai. Pourquoi un si grand écart entre différents publics qui ont vu le même concert ? La réponse se situe peut-être dans l'histoire d'un des groupes des plus marquants de ma génération.

Le premier album du groupe d'Oxford est sorti en 1993, mais c'est quelques mois avant que le groupe a pris son envol au Etats-Unis avec une chanson adulée par le public et maudite par le groupe : "Creep". La pop song parfaite emprunt d'un désespoir qui fait échos dans la tête de tous les adolescents américains. C'est le morceau qui a failli tuer le groupe, car ils étaient devenu le groupe de "Creep". Difficile de dépasser le cap du premier album définitivement rock adolescent et de composer The Bends, toujours aussi pop, mais nettement plus travaillé. Avec notamment des hits et des balades comme "High And Dry" ou "Bulletproof... I wish I Was". Pourtant on sent déjà que le groupe veut se diriger vers autre chose, notamment sur la dernière chanson de l'album "Street Spirit", qui restera aux yeux de certains fan le travail le plus abouti du groupe, un équilibre entre menace rock et balade pop.

Si ce deuxième album est déjà bien reçu par la critique, on est loin de l'accueil réservé à l'album qui va les faire entrer dans la légende : "OK Computer". Rien à dire, on peut le réécouter maintenant, cet album de 1997 (11 ans !), il reste totalement actuel. C'est l'album d'un groupe, où chaque instrument répond à l'autre, où les compositions virevoltantes sont en même temps totalement immédiates et tout à fait novatrices. Il restent des singles pop comme "Karma Police" ou "No Suprises" mais c'est dans son ensemble que l'album prend tout son sens, et c'est dans ses chansons hantées comme "Exit Music [For A Film]" ou "Climbing Up The Wall" qu'il me fait le plus frissonner.

La question alors devient : comment aller plus loin ? Comment faire mieux, comment continuer dans cette direction ? Radiohead n'avait pas la réponse... Alors le groupe ne s'est pas attqué à la question et a fait Kid A (et Amnesiac peu de temps après). Les sonorités électroniques déjà bien intégrées dans les mélodies de OK Computer prennent ici une place prépondérante dans la musique du groupe. On peut quasiment parler de rock expérimental sur Amnesiac. Alors, suicide artistique ? Pas du tout ! L'album est acclamé et apprécié de tous, renforcé par un enregistrement live "I Might Be Wrong" qui offre des relectures des meilleurs morceaux des deux albums qui mettent tout le monde d'accord : Radiohead fait du rock, le fait bien, mais le fait avec sa vision. On retiendra sur Kid A les chansons "Everything in its right place", "Idiotheque" ou encore "The National Anthem" (et sa basse vrombissante) et sur Amnesiac "Pyramid Song", "Knives Out" ou le magnifique "I Might Be Wrong" même si l'album forme un tout cohérent dont il est difficile de sortir un single (honnêtement, il n'y en a pas).



Après cette étape expérimentale, nouveau questionnement, nouvelles hésitations. Et un album entre deux eaux "Hail To The Thief". On sent très clairement une volonté de retrouver des morceaux plus pop-rock tout en gardant les aspects expérimentaux, et si cela marche très bien sur certains morceaux ("The Gloaming", "Sit Down Stand Up", "2+2=5" ou le single "There There"), cela donne des morceaux qui manquent vraiment d'âme ("Myxomatosis" ou "Scatterbrain"). En tout cas, il s'agit certainement de l'album le plus décousu du groupe depuis Pablo Honey. Ce semi-échec (l'album est tout à fait fréquentable, mais moins indispensable que les précédents), les membres du groupe vont vaquer un peu à leur occupations chacun de leurs côté.

Et Thom Yorke va continuer de son côté ses expérimentations et ses bidouillages électroniques. Cela va aboutir à un album solo "The Eraser". Difficile néanmoins de ne pas le rattacher à la carrière du groupe, d'une part parce que Johnny Greenwood, le premie guitaristes et grand bidouilleur du groupe prend une part importante dans la réalisation de l'album solo de Yorke, et d'autre part parce qu'il est clair que les deux compères vont prendre une place prépondérante dans l'album suivant du groupe, le fameux "In Rainbows".

Je ne vais pas revenir sur le mode de distribution mis en place, ni même sur la polémique musicale autours de cet album que certains voient comme un nouveau OK Computer, que d'autres voient comme un ratage complet, mais je veux juste souligner que cet album est le fruit d'une réflexion et d'un choix artistique totalement libre. Radiohead sort un album auto-produit, et il fait ce qu'il veut. Pas de doute, c'est avant tout un album de Johnny Greenwood et Thom Yorke, mais c'est surtout le premier album libre de Radiohead. Et cela s'entend ! Il y a clairement derrière les dix morceaux de "In Rainbows" une liberté créatrice totale, et si on ressent moins l'album comme une oeuvre complète, on a apr contre l'impression que chaque morceau forme une unité complète. On peut retenir de ce dernier opus la balade piano voix "Videotape" (est-ce ce que Yorke voulait déjà faire en 1997 avec No Surprises ?), le rock progressif de "Weird Fishes", un vrai morceau rock avec "Bodysnatcher" et un vrai morceau pop avec "All I Need".


Ce qui nous ramène au concert de ce 5 juillet à Werchter. Pourquoi le groupe n'a-t-il pas joué ses hits comme Karma Police ou No Surprises ou Airbag ? Parce que Radiohead est libre, maintenant. Les relectures de leurs anciens morceaux le prouvent : Radiohead n'est plus un groupe pop, ni rock, ni freak. Ils évoluent à présent dans leur propre univers, pas facile à appréhender certes, mais enfin libéré de toutes ses contraintes. Bien sûr, ils font leur beurre (et leur future collaboration avec ClearChannel est clairement orienté vers la rentabilité du groupe) mais à côté de cela, il s'agit d'un des seuls groupes qui a un rayonnement mondial qui ose encore innover et désarçonner leurs fans. Rien que pour cela, chapeau !