mercredi 6 août 2008

[Review-Bio]Pourquoi Radiohead ne peut plus plaire à tout le monde en live

Le concert de Radiohead samedi 5 juillet a déçu beaucoup de fan et autant de personnes qui ne connaissaient pas bien le groupe. Et pourtant, les critiques que l'on peut lire ça et là sur le net sont excellentes, et honnêtement, ce n'est pas moi qui les contredirai. Pourquoi un si grand écart entre différents publics qui ont vu le même concert ? La réponse se situe peut-être dans l'histoire d'un des groupes des plus marquants de ma génération.

Le premier album du groupe d'Oxford est sorti en 1993, mais c'est quelques mois avant que le groupe a pris son envol au Etats-Unis avec une chanson adulée par le public et maudite par le groupe : "Creep". La pop song parfaite emprunt d'un désespoir qui fait échos dans la tête de tous les adolescents américains. C'est le morceau qui a failli tuer le groupe, car ils étaient devenu le groupe de "Creep". Difficile de dépasser le cap du premier album définitivement rock adolescent et de composer The Bends, toujours aussi pop, mais nettement plus travaillé. Avec notamment des hits et des balades comme "High And Dry" ou "Bulletproof... I wish I Was". Pourtant on sent déjà que le groupe veut se diriger vers autre chose, notamment sur la dernière chanson de l'album "Street Spirit", qui restera aux yeux de certains fan le travail le plus abouti du groupe, un équilibre entre menace rock et balade pop.

Si ce deuxième album est déjà bien reçu par la critique, on est loin de l'accueil réservé à l'album qui va les faire entrer dans la légende : "OK Computer". Rien à dire, on peut le réécouter maintenant, cet album de 1997 (11 ans !), il reste totalement actuel. C'est l'album d'un groupe, où chaque instrument répond à l'autre, où les compositions virevoltantes sont en même temps totalement immédiates et tout à fait novatrices. Il restent des singles pop comme "Karma Police" ou "No Suprises" mais c'est dans son ensemble que l'album prend tout son sens, et c'est dans ses chansons hantées comme "Exit Music [For A Film]" ou "Climbing Up The Wall" qu'il me fait le plus frissonner.

La question alors devient : comment aller plus loin ? Comment faire mieux, comment continuer dans cette direction ? Radiohead n'avait pas la réponse... Alors le groupe ne s'est pas attqué à la question et a fait Kid A (et Amnesiac peu de temps après). Les sonorités électroniques déjà bien intégrées dans les mélodies de OK Computer prennent ici une place prépondérante dans la musique du groupe. On peut quasiment parler de rock expérimental sur Amnesiac. Alors, suicide artistique ? Pas du tout ! L'album est acclamé et apprécié de tous, renforcé par un enregistrement live "I Might Be Wrong" qui offre des relectures des meilleurs morceaux des deux albums qui mettent tout le monde d'accord : Radiohead fait du rock, le fait bien, mais le fait avec sa vision. On retiendra sur Kid A les chansons "Everything in its right place", "Idiotheque" ou encore "The National Anthem" (et sa basse vrombissante) et sur Amnesiac "Pyramid Song", "Knives Out" ou le magnifique "I Might Be Wrong" même si l'album forme un tout cohérent dont il est difficile de sortir un single (honnêtement, il n'y en a pas).



Après cette étape expérimentale, nouveau questionnement, nouvelles hésitations. Et un album entre deux eaux "Hail To The Thief". On sent très clairement une volonté de retrouver des morceaux plus pop-rock tout en gardant les aspects expérimentaux, et si cela marche très bien sur certains morceaux ("The Gloaming", "Sit Down Stand Up", "2+2=5" ou le single "There There"), cela donne des morceaux qui manquent vraiment d'âme ("Myxomatosis" ou "Scatterbrain"). En tout cas, il s'agit certainement de l'album le plus décousu du groupe depuis Pablo Honey. Ce semi-échec (l'album est tout à fait fréquentable, mais moins indispensable que les précédents), les membres du groupe vont vaquer un peu à leur occupations chacun de leurs côté.

Et Thom Yorke va continuer de son côté ses expérimentations et ses bidouillages électroniques. Cela va aboutir à un album solo "The Eraser". Difficile néanmoins de ne pas le rattacher à la carrière du groupe, d'une part parce que Johnny Greenwood, le premie guitaristes et grand bidouilleur du groupe prend une part importante dans la réalisation de l'album solo de Yorke, et d'autre part parce qu'il est clair que les deux compères vont prendre une place prépondérante dans l'album suivant du groupe, le fameux "In Rainbows".

Je ne vais pas revenir sur le mode de distribution mis en place, ni même sur la polémique musicale autours de cet album que certains voient comme un nouveau OK Computer, que d'autres voient comme un ratage complet, mais je veux juste souligner que cet album est le fruit d'une réflexion et d'un choix artistique totalement libre. Radiohead sort un album auto-produit, et il fait ce qu'il veut. Pas de doute, c'est avant tout un album de Johnny Greenwood et Thom Yorke, mais c'est surtout le premier album libre de Radiohead. Et cela s'entend ! Il y a clairement derrière les dix morceaux de "In Rainbows" une liberté créatrice totale, et si on ressent moins l'album comme une oeuvre complète, on a apr contre l'impression que chaque morceau forme une unité complète. On peut retenir de ce dernier opus la balade piano voix "Videotape" (est-ce ce que Yorke voulait déjà faire en 1997 avec No Surprises ?), le rock progressif de "Weird Fishes", un vrai morceau rock avec "Bodysnatcher" et un vrai morceau pop avec "All I Need".


Ce qui nous ramène au concert de ce 5 juillet à Werchter. Pourquoi le groupe n'a-t-il pas joué ses hits comme Karma Police ou No Surprises ou Airbag ? Parce que Radiohead est libre, maintenant. Les relectures de leurs anciens morceaux le prouvent : Radiohead n'est plus un groupe pop, ni rock, ni freak. Ils évoluent à présent dans leur propre univers, pas facile à appréhender certes, mais enfin libéré de toutes ses contraintes. Bien sûr, ils font leur beurre (et leur future collaboration avec ClearChannel est clairement orienté vers la rentabilité du groupe) mais à côté de cela, il s'agit d'un des seuls groupes qui a un rayonnement mondial qui ose encore innover et désarçonner leurs fans. Rien que pour cela, chapeau !

1 commentaires:

Patrick Bateman a dit…

Très intéressant article et bien écrit!

Sans faire de généralisation on peut souvent observer que succès critique rime rarement avec succès populaire... Et en plus de ça l'évolution de leur musique, et aussi une 'prise de risque' artistique qui va entrainer la "déformation" de leurs classiques sur scène va complètement dérouter l'auditeur lambda qui ne reconnaît pas cette version de Bodysnatchers qu'il avait entendue la semaine d'avant sur Pure Fm...
Si ces auditeurs veulent entendre la musique telle qu'elle figure sur cd ils peuvent dès lors se tourner vers des groupes tels que Muse ou Placebo ils ne seront pas déçus.