samedi 26 septembre 2009

La critique honnête


Mardi dernier, dans le cadre du concours Télé-Moustisque de web-journlalisme, j'ai assisté à une lecture par Carole Bouquet de textes d'Antonin Artaud au théâtre St-Michel à Etterbeek. J'ai trouvé la lecture mauvaise, et j'ai donc du mobiliser toutes mes forces pour en écrire une critique honnête (vous pourrez la retrouver très bientôt sur le site du Télé-Moustique).

Ma technique pour écrire une critique honnête ? D'abord, se faire une idée générale, dans le cas échéant, mauvaise. Et puis, chercher tous les éléments qui vont à l'encontre de cette idée générale et essayer de les mettre le plus en avant possible. De cette façon, on peut arriver à un article équilibré où les impressions négatives n'empêchent pas de voir le positif, et inversément.

Et bien, laissez-moi vous dire que cette technique, c'est de la merde, au même titre que la lecture de Carole Bouquet. La vérité, c'est que j'avais peur. Peur de me voir renvoyer à la face mon inexpérience et ma jeunesse, peur de me voir rétorquer la médiocrité du magazine pour lequel cet article était écrit. Peur de ne pas pouvoir assumer mon avis. Ici, je l'assume. La lecture des textes d'Artaud par Carole Bouquet était une catastrophe : ennuyeuse de bout en bout, totalement inaboutie en termes de qualité technique de base de la lecture, des textes extrêmement mal choisis et qui dressent un portrait caricatural d'Antonin Artaud, renforcé par la lecture monogamique qui en est faite.


Photo : Nicolas Perez de Arce

Pourquoi retourner ma veste, à présent? Parce qu'hier, j'ai assisté à une lecture également, "Nocturne de Chili", aux arbalestriers, à Mons. Il s'agit d'un texte de Roberto Bolaño mis en voix et en espace par Barbara Bua. Un prêtre chilien, incarné par Frédérique Dussenne, vit ses derniers moments et tentent de justifier les choix de sa vie. Avec son histoire, c'est l'histoire du Chili qui est racontée, de la prise de pouvoir par Allende à la dictature par la junte militaire du général Pinochet. Et le prêtre Ichabaché, rongé par des choix qu'il ne parvient pas à regretter, incarne à lui-seul la question : "Que peut-on y faire?".

Le texte de Roberto Bolaño, adapté pour l'occasion par Barbara Bua, est une montée en puissance et en émotion à laquelle on ne peut pas résister. L'interprétation de Frédéric Dussenne de cet homme qui ne peut pas être mauvais malgré le fait qu'il n'ai pas été bon fleurte parfois avec le cabotinage mais nous emporte sans qu'on puisse réellement y résister dans la tragédie personelle du prêtre et celle de tout un pays.

Après cette lecture bouleversante, je ne pouvais plus me contenter d'une critique honnête de ce que j'avais vu le mardi précédent. Je ne pouvais plus cautionner la prudence et la politesse vis-à-vis d'une actrice et d'un lieu qui ont sans doute beaucoup de qualités, mais qui ont offert un spectacle désolant. Je devais me libérer, comme Ichabache, me libérer de cette insatisfaction et cette critique intérieure pour dire, à toute petite échelle, mais le dire quand même : oubliez Carole Bouquet, et si vous êtes libre ce soir, rendez-vous à Mons, aux arbalestiers, pour Nocturne de Chili. Vous n'aurez pas besoin de respecter le travail pour un nom écrit sur la fiche et une personne sur la scène, vous le respecterez tout simplement pour sa qualité et le plaisir que vous y prendrez.

Pluss d'infos sur le spectacle, et réservations : http://maisonfoliemons.be/Nocturne-du-Chili

2 commentaires:

Charline a dit…

J'ai vu aucun des spectacles, par contre j'ai lu les deux textes, et celui-ci est bien plus plaisant à lire :D

Patrick a dit…

Agréable résumé de cette soirée Bouquet!