mercredi 11 juin 2008

Terminologie 2.0

Comme le fait remarquer Fred Cavazza sur son blog, le terme web 2.0 est en train de subir le retour de flamme de son succès foudroyant en se galvaudant aussi vite qu'il est devenu hype. M. Cavazza avance un nouveau terme pour désigner cette nouvelle version du web 2.0 qui s'appellerait médias sociaux - social media. Les médias sociaux seraient donc une sous-division du 2.0 à mettre à côté de l'entreprise 2.0 ou de social shopping. Pour moi, il n'en est rien, et je m'en explique tout de suite.

Avant toute chose, il me semble primordial de réfléchir un tout petit peu à ce qu'est, fondamentalement, le 2.0. Contrairement à ce que son appellation pourrait faire croire (une nouvelle version d'un logiciel), il ne s'agit en réalité pas d'une évolution technologique. Tout ce qui constitue le 2.0 est basé sur des technologies qui existaient au préalable, et on peut même avancer que le 2.0 existait bien avant que le terme devint à la mode.

Cela n'empêche pas le 2.0 de recouvrir principalement deux types de domaines fortement dissociés, ce qui est la cause de nombreuses équivoques. Le 2.0 évoque d'une part de nouveaux outils du web et d'autre part de nouvelles pratiques du web

Des nouveaux outils

Comprenenez bien que l'apparition de ces outils n'est pas liée à une évolution technologique : ne comparons pas la "découverte" du web 2.0 à la découverte de l'imprimerie. L'invention des caractères mobiles était un préalable indispensable à la construction d'une presse mécanique. Ici, les nouveaux outils ne demandaient pas d'autres technologies que l'internet. Il ne fallait pas plus de puissance des ordinateurs, pas vraiment une meilleure bande passante, pas de nouveaux langages de programmation (on peut faire du très bon 2.0 avec de l'HTML et du PHP). Je crois néanmoins que l'apparition de ces outils est liée à de nouveaux besoins qui sont apparus par de nouvelles technologies. Sans vouloir parler de déterminisme technologique pur, il semble évident que l'apparition du GSM, d'internet puis du haut-débit illimité ont en grande partie influencé notre mode de vie et ont créé un besoin d'information encore plus grand qu'au temps des médias de masse (attention, je ne tiens pas à créer ici une limite fictive entre l'ère des médias de masse et l'ère des médias sociaux, les deux cohabitent et cohabiteront toujours. Cette réflexion mériterait un approfondissement). C'est ce besoin qui a favorisé l'apparition de ces outils destinés à faciliter la transmission d'informations, par d'autres méthodes considérées comme collaboratives. En ce sens, le terme social web me semble plus qu'adéquat pour décrire ce 2.0 : il s'agit bel et bien d'outils facilitant la création, la gestion et la transmissions d'informations au sein et à destinations de groupes ciblés, contrairement au WWW, qui est plus proche de la transmission de masse comme la télévision. Je reviendrai probablement sur une typologie de ces différents outils sur ce blog, même si ce genre d'information est plus que répandue sur la Toile (et notamment dans l'article cité dans l'introduction de ce post)

Des nouvelles pratiques

Mais limiter le phénomène 2.0 à l'apparition de nouveaux outils liés à l'apparition de nouveaux besoins me semble trop restrictif. En effet, on assiste par ailleurs via le 2.0 à une redécouverte de la valeur de l'équipe et de la collaboration. Alors que le travail en équipe s'est répandu dans l'ensemble des entreprises, les limites de cette forme d'organisation se sont fait sentir ces dernières années. L'apparition de l'e-mail et son utilisation massive a pu, et peut toujours, menacer l'existence de cette forme d'organisation du travail par son invasion massive et la distance que cela crée dans la communication, ce qui est le noeud d'une équipe et le centre de gravité de la collaboration. Le 2.0 a en quelque sorte souligné cette distance créée par le mail et par la virtualisation du travail en montrant que les outils maintenant traditionnels sont tout sauf collaboratifs en réalité. On peut donc considérer que cette évolution 2.0 a le potentiel de redéfinir ce qu'est la collaboration en élevant les standards de celle-ci. Hélas, si le 2.0 a clairement mis en avant les limites de la virtualisation du travail tel qu'elle est pratiquée actuellement, je doute qu'il apporte les solutions toutes faites au travers des outils auxquels il est lié. Le 2.0, ça doit aussi être une évolution des modes de travail et de collaboration, une évolution des mentalités.

C'est pour ces raisons raison que je ne veux pas parler du web 2.0 en le fragmentant en petite particules. Le 2.0 recouvrent de nombreux outils qui sont tous utilisés par ces particules et promeut une mentalité, une forme d'organisation et de travail qui sous-tend chacune des particules. Celles-ci sont de plus toutes fortement liées, le concept d'entreprise 2.0 faisant appel à ce que M. Cavazza nomment les médias sociaux, et sa déclinaison orientée marché mène directement au social shopping. Bref, il est impossible de travailler sur chacun de ces concepts de manière distincte, surtout en entreprise. Au même titre qu'il est nécessaire de plaider pour un département communication qui regroupe l'interne, l'externe, le corporate comme le marketing, les RP et la publicité, il faut plaider pour un département IT qui traite ensemble les intranets, le web classique et le web social, et à fortiori les divisions (artificielles) au sein de ce web social.

Dans une optique de clarté, il est néanmoins probable que je doive utiliser des termes comme entreprise 2.0 ou social media lors de la rédaction de mon mémoire, mais je tiens d'ors et déjà à préciser qu'ils ne recouvrent pour moi rien de distinct et qu'ils se confondent en de trop nombreux points pour réellement pouvoir en faire des concepts séparés

1 commentaires:

mindblob a dit…

Cher Yann,

Brillant article! Pendant que certains s'attachent à la facette "hype" de certains mots "Web 2.0", "Viral", etc. d'autres se concentrent sur le fond : l'évolution donnée (ou acquise) de la communication via le web et la révolution socio-économique qui en découle. Cette "révolution" est en route, elle est lente et progressive, mais personne ne peut l'arrêter.

C'est avant tout, je pense, une prise de conscience. Autant l'explorer en se jetant à l'eau dès que possible. You are on the right track! : )