jeudi 3 septembre 2009

Don de sang des homosexuels : le parrain de la campagne de don de sang en est exclue

Je ne suis pas un grand militant de la cause homosexuelle, et même si je me revendique proche des mouvances en lien avec les Gender Studies, je ne suis pas particulièrement revendicatif dans ce domaine. Il y a pourtant une absurdité qui m'a sans arrêt fait hérisser les poils dans le domaine des discrimations à l'encontre des homosexuels : l'interdication de donner son sang à la Croix-Rouge.

Or, il s'avère que pas plus tard qu'hier, M. Pascal Smets, Ministre de l'Egalité des Chances et parrain de la campagne de la Croix-Rouge pour le don de sang, fait son coming-out. Rien d'exceptionnel à cela, si ce n'est que cela remet en plein jour cette interdication (et son absurdité) : le parrain de la campagne pour le don de sang ne peut pas donner son sang.

Examinons de plus près cette interdiction. La Croix-Rouge justifie le fait de considérer les homosexuels masculins comme un groupe à risque grâce aux statistiques qui montrent que le Sida est nettement plus présent dans ce groupe social. C'est sans doute vrai. Mais qu'on ne mette pas en avant le risque sanitaire et la santé publique pour justifier cette exclusion : chaque poche de sang est testée quelles que soient les réponses au fameux questionnaire. Il s'agit bien d'une question d'argent : l'afflux de nouvelles poches issues des homosexuels masculins va entraîner des coûts pour les tester, et il est supposé qu'on trouvera plus de poche contaminée par le virus du Sida, donc inutilisables, ce qui fera augmenter le coût moyen de la poche de sang.

J'émets néanmoins une réserve par rapport à cette conclusion. Les vrais chiffres à comparer ne sont pas les chiffres de pénétration du virus dans la population homosexuelle par rapport aux autres, mais bien ceux du nombre de personne contaminée à leur insu. Vu que la communauté homosexuelle est, je crois, nettement plus sensibilisée et testé que la communauté hétérosexuelle, il est probable, je pense, que l'écart entre les deux populations soit nettement moins important qu'on pourrait le croire. Ce qui aurait donc un impact moindre sur le coût moyen par poche de sang. La Croix-Rouge base peut-être sa décision sur ces chiffres qui me semblent plus opportuns, donc je n'irai pas plus loin dans cette direction sans en savoir plus.

Car au-delà de ces questions de coûts, il me semble important de mener une réflexion plus globale. L'attitude de la Croix-Rouge me semble en effet dommageable en termes de discrimination mais également de santé publique. Je m'explique... Le fait d'associer une nouvelle fois l'homosexuel masculin et le Sida contribue à renforcer les stéréotypes gay = sida. Plus grave (ou peut-être pas plus grave, mais moins souvent évoqué), cela renforce également sans doute l'idée hétéro = sain. Or la progression du virus est actuellement tout aussi inquiétante parmis la population hétérosexuelle. L'attitude de la Croix-Rouge dans ce contexte me semble donc peu appropriée, si pas dangereuse.

Par ailleurs, la charge lourde envers les homosexuels concernant le Sida, si elle a bien fonctionné dans les années 90, montre à présent ses limites dans l'émergence et le gain en puissance des mouvements de Relapse et Barebacking. Cette émergence est bien sûr en partie due à l'idée - fausse - que l'on vit à présent aussi bien infecté que sain. Mais elle est aussi une réaction à la quasi criminilisation de l'homosexuel face à la propagation du Sida. Renforcer cette communication agressive à l'encontre des homosexuels n'amène plus tant des réactions comme "Ils ont raisons, il faut faire quelque chose, soyons très prudent" que plutôt des réactions "On en a rien à foutre, on préfère vivre notre vie, vous nous jugerez de toute façon", du moins dans certains milieux. En tout cas, on oberve une augmentation très nette du nombre de contamination ces dernières années.

Enfin, au final, je trouve réellement chocante la charge lourde des médias en faveur du don de sang quand on préfère finalement se priver d'un ensemble de donneurs potentiels pour des raisons de coûts. Car à n'en pas douter, les homosexuels "out", souvent de classes sociales et économiques en moyenne plus élevées, sont particulièrement dans le public-cible des donneurs.

Bref, pour toutes ces raisons, je pense que l'argument économique de la Croix-Rouge pour le maintien des homosexuels masculins dans la catégorie des groupes à risques est discriminatoire et participe probablement à des effets néfastes qui poussent la propagation du virus du Sida.

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5 commentaires:

Erwan a dit…

En France aussi on ne peut pas donner son sang s'il on est homosexuel.
Par contre je pense que tu as tort quand tu dis que c'est pour une question d'argent. Toutes les poches sont testés mais il existe un court laps de temps pendant lequel le virus peut être présent dans le sang mais encore indétectable par les analyses (4/5 jours après la contamination pour les tests les plus sensibles).
Et comme le virus du SIDA est tout de même encore plus répandu chez les homos, le don du sang leur est interdit. Alors qu'il pourrait tout à fait leur être autorisé en se basant sur l'interrogatoire. Il n'y a pas de raison de refuser le don à une personne homosexuelle si elle n'a pas de comportements à risques.

Yann Lebout a dit…

Effectivement.

Mais cet état de fait est tout à fait le même chez les hétéros que chez les homos. Par ailleurs, je suppose que des analyses peuvent être effectuées quelques jours après le don de sang, et je crois savoir que les échantillons de sang sont souvent retestés avant la transfusion, non ?

La raison de santé publique me semble de manière générale assez mince en compraison des autres problématiques que la question soulève.

Mais tu as raison, j'aurais du en effet parler de cela dans mon billet, merci de l'avoir complété !

Erwan a dit…

Non les analyses ne sont pas refaites quelques jours plus tard car elles ne sont pas faites sur les poches directement mais sur les tubes de sang que l'on te prélève juste avant le don. Les analyses ne pourraient pas être refaites sur les poches car elles sont tout de suite traitées pour séparer les différents éléments du sang. Et avant une transfusion on teste la compatibilité entre le donneur et le receveur mais on ne refait pas les sérologies virales.

Voilà, j'arrête avec les explications techniques, ça me rappelle trop le boulot là (laboratoire de virologie) ^^

Galadhrim a dit…

A priori, les droits de l'homme ne devraient pas se mêler de décision sanitaires basées sur des avis médicaux vérifiés et vérifiables. On ne choisit pas le béton d'un pont en fonction de sa couleur ou de qui le fabrique, mais en fonction de sa résistance aux forces auxquelles il sera soumis et de son coût. Si la communauté médicale considère que les homosexuels masculins sont un groupe a risque dont il vaut mieux ne pas se servir du sang, procède de deux choses : 1. une étude clinique et sociologique sur un échantillon de poches sanguines et du suivi médical du donneur en parallèle. 2.Les problèmes d'incubation du virus et le fait qu'on ne puisse obtenir le risque zéro avant 10-12 semaines. Le test actuel permet à 95% d'être certain, ce qui dans le cadre d'un programme de don de sang est nettement insuffisant, contrairement au cas individuel qui peut éventuellement s'en satisfaire pour certitude, et c'est d'ailleurs pourquoi, si je me souviens bien, à Louvain-la-Neuve il fallait attendre 10 semaines après un comportement à risque, pour faire don de son sang. Ce qui était bien la gêne devant ses potes. En outre, je ne crois pas que ce soit la discrimination la plus scandaleuse à l'égard des homosexuels, compte tenu des préjugés moraux et du dégout qu'ils inspirent encore à une grande part de la population, qui la considère perverse plutôt que différente. Sur ce terrain là, il y a clairement quelque chose à faire et un message à faire passer encore, et encore, et encore... On ne manque pas de donneurs de sang presque 100% du temps en Belgique, nous sommes de gros donneurs. Par contre que se passerait-il si par malchance nous ayons un cas de contamination après un changement de politique quant à qui peut donner son sang. Je rappelle à tout hasard que les gens qui se droguent par intraveineuse ou sous-cutanée sont aussi exclus de la population susceptible de pouvoir donner son sang. ne pas donner son sang n'est pas une punition ou une "stigmatisation" (je hais ce mot autant qu'il est à la mode) d'un groupe, mais une mesure de précaution qui lorsqu'on écoute les acteurs de terrain semble parfaitement justifiée. Si en plus elle permet de faire des économies dans le domaine de la santé qui a du mal à respirer depuis dix ans pour conserver le niveau de qualité des soins donné à tous, alors je ne vois pas où est le problème.

Yann Lebout a dit…

Le commentaire est intéressant.

Néanmoins, il n'explique ni ne justifie en rien la discrimination en question.

Mais avant tout, j'aimerais être sûr que les chiffres de 95% que tu avances sont vérifiés. Personellement, quand je fais un test HIV (qui est valable, c'est vrai, pour ta situation 3 mois auparavant), je m'attends à une fiabilité de plus de 95%, plutôt de l'ordre de 99,9% ou quelque chose comme ça, je crois donc que la probabilité de 95% est un peu trop basse.

Mais ce qui me semble plus criticable dans ce que tu avances, c'est que les comportements à risques sont effectivement le problème, et qu'il n'y a donc aucune raison de cibler spécifiquement les homosexuels. Il est clair qu'une personne ayant eu des comportements à risques, qu'elle soit hétéroexuelle ou homosexuelle, dans les 3 derniers mois ne doit absolument pas aller donner son sang. Je ne vois néanmoins pas ce que ça a comme rapport avec l'homosexualité. Car même si les comportements à risques étaient plus courants chez les homos, cela ferait juste une moins grande proportion de donneurs, et ne justifie en rien cette interdiction.

Deuxièmement, l'argument avancé du fait que cette discrimination est moins grave que d'autres est un peu ridicule. Faire une échelle des discrimination et puis en tolérer certaines parce qu'elle sont moins graves que d'autres est un petit peu dangereux, puisque cela légitimise ces discriminations. De plus, en justifiant le maintien d'une discrimination parce qu'elle n'est pas grave, on jutifie les causes de la discrimination (on est pervers, on est différents, comme tu le dis si bien...).

Pour le reste, je ne connais pas l'état des besoins en Belgique en termes de don de sang, mais on nous rabache suffisemment les oreilles avec ça pour trouver un peu violent après qu'on préfère maintenir une dicrimination qui n'a pas lieu d'être. Par contre, je crois qu'on peut tout à fait introduire la notion de comportements à risque (sexe sans précautions, drogues sans précautions) dans y introduire une notion de discrimination.

Quand aux économies, je doute que globalement, le poids des économies réalisées grâce à l'exclusion des homosexuels du don de sang soit notable, encore plus si on imagine que cela oblige le système de soin de santé belge à faire venir des poches de sang de l'étranger, ou que cela renforce la discrimiation à l'égard des homosexuels qui a un coût en soin de santé (faut les soigner, les homos qui se font casser la gueule).