lundi 8 juin 2009

Un petit billet électoral

Ecolo gagnant, PS qui ne perd pas trop de plume, CDH stable et MR mal barré, c'est ce qu'on peut retirer de ces élections. En Wallonie, le PS restera probablement au pouvoir malgré les affaires. Certains commentateurs politiques, les perdants souvent, s'étonne de cette résistance du PS face aux "affaires" et prenne l'exemple anglais comme déroulement "normal" des opérations. Personnellement, je suis rassuré.

Rassuré parce que nous ne tombons pas dans le vote par sensationnalisme. On connaît la presse anglaise comme celle des magazines people et des manchettes tapageuses. La presse belge suit le sillon, et même si elle en est encore loin, est aussi encline à mettre les erreurs d'individus, choquantes, en unes et ainsi résumer une idéologie, un parti ou une élection à cet enjeu. Mais voyons les choses autrement. Quelles ont été les propositions électorales des différents partis ? Ecolo avait l'avantage de la régularité et d'être le plus crédible dans son économie verte. Le PS a axé sa campagne sur l'opposition au capitalisme sauvage et a très finement joué son rejet du MR, grâce à une campagne plus agressive qu'à l'habitude. Il a en fait fait une campagne d'un parti dans l'opposition... Qu'ont proposé le MR et le CDH ? A part une critique des autres ?

On en revient à une conviction personnelle forte : les gens en ont marre de toujours entendre parler de ce qui ne va pas ou n'a pas été. Ils préfèrent de loin des propositions positives, et parlant plus du futur que du passé. Quelle est la vision d'avenir du MR, quelle est son idéologie, son axe de campagne ? A force de parler du passé, on a du mal à voir le MR dans l'avenir et dans le changement. Quelque part, le MR a de son côté fait une campagne comme un parti de la majorité, et finalement assez peu progressiste pour un mouvement réformateur.

Je trouve donc que le comportement électoral wallon est très noble, centré sur des programmes et des propositions plus que sur la polémique. Tout le monde s'étonne que le PS ne souffre pas plus des problèmes d'éthique, mais c'est parce que les gens croient, et je le crois aussi, que ces problèmes sont bien des problèmes de personnes et pas des problèmes de parti. Après, il y a toujours du clientélisme, comme dans tous les partis, mais réduire le soutien du PS a du clientélisme et à de l'assistanat est assez insultant pour les quasiment 50% des montois qui ont soutenu la liste emmenée par Di Rupo.

Les gens vote PS et Ecolo par idéologie, pour quelle raison les gens votent-ils MR ?


PS : La Wallonie est une exception notable dans le paysage européen, toujours plus à droite, toujours plus conservateur, toujours plus eurosceptique. Que les défenseurs du libéralisme se rassurent, c'est leur formation qui est à la tête du Parlement européen, qui a beaucoup plus de pouvoir sur notre vie de tous les jours que le Parlement bruxellois et wallon !

3 commentaires:

Gil a dit…

Petite réaction...

Tout d'abord ce avec quoi je suis d'accord:
Oui, les problèmes du PS sont des problèmes de personnes et pas des problèmes de parti, 1000 fois d'accord. D'accord aussi que le vote sanction n'est pas une solution en soi. Toutefois, une telle omniprésence au pouvoir (parfois même en majorité absolue au niveau communal) est plus propice à ce genre de comportement déviant. Comprends moi, je suis persuadé que tous les autres partis connaitraient un jour ou l'autre un VanCau après autant d'années de règne sur un fief. Mais une cure d'opposition n'est pas toujours une mauvaise chose pour remettre de l'ordre dans son parti, chose qu'Elio Di Rupo n'a jusqu'ici pas réussi à faire. La plus belle preuve: sur ses propres terres montoise, Donfut - qui ne devait pas siéger - qui annonce en plein direct qu'il pourrait siéger et qui exprime son contentement face au choix des citoyens qui ont "voté pour un choix de société". Une société avec lui? Ou certains - peu, heureusement! - élus comme lui gagnent plus de 13000€ par mois (en partie sur le dos du contribuable) quand à Mons des tas de gens se battent avec 853euros mensuellement ? Dingue que lui puisse dire ça! Et je te passe le discours d'un Happart complètement décrédibilisé mais qui espère un poste de ministre de l'agriculture, n'oubliant pas d'égratigner au passage son prédécesseur...

Pour le reste, je voudrais être bien clair, je suis sûr que la majorité du PS donne le meilleur de lui même dans sa mission, je serai même rassuré de les voir aux commandes de certaines compétences (aide à la santé, par exemple ou les propositions ou l'absence de proposition du MR faisaient peur...)

De là à dire que les gens ont voté pour des programmes, j'ai un sérieux doute. Le programme d'écolo était de loin le moins fouillé et le moins complet (il reprenait même certains passages de 2007 concernant des compétences fédérales), cela ne les a pas empêché de faire un score terrible...

Bref, pour moi, les gens ont voté 1/pour une idéologique - de mode ou non - et 2/pour une campagne (comme quoi la tactique Reynders ne marche pas, quant à Milquet qui appelait ce matin déjà au front uni des francophones face à l'ennemi flamand, elle ferait bien de revoir sa copie également...)

Pour terminer, ça m'a aussi étonné de voir Magnette dire qu'il avait observé un changement de comportement chez les gens qui ne voulaient plus voter PS, mais vu les attaques de Reynders et son acharnement, se disaient que finalement, c'est toujours les ptits qu'on spotchent :)Comme quoi, le PS a maitrisé sa campagne et en obtenu le résultat qu'il espérait. Et c'est bien là le plus important. Pour lui, du moins...

Voilà ce que j'avais envie d'ajouter ;)

Yann Lebout a dit…

Oui, analyse intéressante...


Il est clair que c'est honteux de voir que des parasites comme Donfut (et tous les autres, il y en a quelques uns à Mons, Liège et Charleroi) s'accroche, et il est évident que si le PS ne réussit pas à se débarrasser de telles personnes il va réellement se retrouver mal embarqué, et pour longtemps, simplement parce de problèmes liés à des personnes, cela va devenir des problèmes liés à un parti. Dans ce cadre là, l'opposition aurait pu être une bonne cure en interne pour le PS, mais Di Rupo aurait probablement perdu sa place, et on ne sait pas qui aurait pu mener une réfection interne à part lui (Onkelinks ? Demotte ? Ils n'ont pas vraiment la carrure je crois). Du coup, je ne suis pas convaincu que l'opposition aurait réellement permis un renouvellement du PS, au contraire, cela aurait peut être redonné des forces à l'ancienne garde du parti.

Quand au fait que les gens ont voté pour un programme... Pour moi, c'est similaire que de voter pour une idéologie, parce qu'en Belgique, voter pour des mesures précises d'un programme, ça ne sert à rien. Les coalitions font qu'il faut plus voter pour l'idéologie d'un programme que pour des idées particulières, qui vont rarement être appliquées, vu les compromis à trouver, encore plus en période dite de restriction budgétaire.

Maintenant, la campagne elle-même a énormément d'importance, et c'est cette campagne qui explique en grande partie l'échec du MR, plus que le programme. Parce que le MR n'est pas arrivé à mettre en avant une idéologie dans sa campagne.

Gil a dit…

Comment dire... Oui et non! :)

J'ai bcq de respect pour la charge de travail qu'assume Di Rupo et je suis convaincu qu'il fait son job du mieux possible et qu'il le fait bien. Mais je pense qu'au pouvoir il est trop tiraillé que pour opérer une réelle remise en question de son parti. Regarde: s'il est dans la majorité et qu'il décide de faire le ménage à Charleroi, Liège et Mons, imagine l'impact que cela va avoir sur les votes en 2011 (qui n'est jamais que dans deux ans en sachant que la rénovation ne commencera pas tout de suite et que ça durera quelques mois). Tous les ardents défenseurs (...) de VanCau, Donfut et les autres vont se retourner contre lui, avec de grosses conséquences au décompte des voix. Bref, il ne peut pas risquer d'entreprendre une rénovation de trop grande envergure (et pourtant dieu sait s'il peut plus les piffer les VanCau Happart&Co). Bref, au pouvoir, il est piégé.

S'il tombait dans l'opposition, il aurait tout le loisir de le faire et en plus, il en ressortirait grandi! Quant à une éventuelle éviction, je ne serait pas heureux de le voir partir, mais si cela devait arriver, le fait de choisir entre Onkelinks et Demotte aurait au moins le mérite d'une redéfinition claire de la ligne du parti, Onkelinks étant plus à gauche encore que Demotte (au sein du parti, il s'entend).

Par contre, qu'une défaite redonne du galon à la vieille garde... Ben tu as peut-être raison et ce n'est certainement pas une bonne chose!

Bref je reste mitigé...

Dernier point: ok on vote pour une idéologie mais une idéologie "brouillonne" dans le sens où aujourd'hui le Cdh a certaines visions plus à gauche que le PS, ce dernier préconisant des mesures plus drastique en matière d'écologie que les Ecolo, etc. On en revient à un vote davantage par tradition ou par mode (combien de gens ont voté Ecolo sans savoir pourquoi ils votaient?)

Quand je dis qu'on vote pour un programme, on vote, c'est vrai pour un programme dans une coalition. Mais on a pas mal d'indications pour le faire: le Cdh a directement dit qu'il voulait l'enseignement, il l'aura plus que probablement. On sait aussi plus ou moins quelles places visent les Ecolo, etc

De toute façon, chacun vote comme il veut et selon les critères qu'il définit comme pertinent. A ce titre, je vois qu'on est au moins d'accord pour dire que la campagne a joué un rôle déterminant...